~ La maladie ~
Rôle de la famille
Le premier rôle de la famille
auprès d'un malade atteint de polyarthrite est de bien
comprendre ce qu'est la maladie elle-même, comprendre qu'il y a
atteinte de une et souvent plusieurs articulations, de leurs tendons
et de tous les tissus qui les entourent, un enraidessement, le tout
limitant l'amplitude des mouvements et, à long terme,
provoquant des déformations.
Comprendre que cela aboutit à un
handicap certain : ne plus pouvoir porter de poids, avoir une
gêne constante dans ses mouvements, même dans les gestes
les plus banaux de la vie courante, tels que marcher normalement,
faire sa toilette ou s'habiller.
Comprendre que lorsque nous nous rendons
compte que notre activité diminue, que nous souffrons au
moindre mouvement, au pied qui se tord sur un caillou, à la
main qui reste impuissante à ouvrir un robinet ou un bocal,
nous puissions avoir "quelques coups de cafard ou de mauvaise
humeur", l'envie de tout envoyer "balader" et de pleurer dans notre
coin en se répétant "pourquoi moi", si je
n'étais pas comme ça je pourrai faire comme untel et
être comme tout le monde ! Mais qu'est-ce que cela veut dire
être "comme tout le monde" ; partout quant on regarde autour de
soi, on prend l'habitude de regarder les personnes qui souffrent
beaucoup plus et il est plus simple alors d'accepter la maladie et de
se dire "je préfère ma place à la
sienne".
Le deuxième rôle de la famille
est alors de nous aider.
Nous aider sur un plan matériel en
prenant conscience avec nous de notre handicap, de nos
capacités et de nos possibilités. Surtout ne pas agir
à notre place quand nous sommes capables d'effectuer un
travail quelconque car, nous devons essayer au mieux de garder des
activités de toutes natures et une certaine autonomie (des
activités afin de ne pas devenir totalement impotent au niveau
physique, et de se sentir encore utile à quelque chose
psychologiquement, c'est d'une importance capitale. Se
précipiter trop vite, et ne pas laisser agir le malade
à son rythme, c'est l'entraîner vers un engrenage
malsain, et si ce malade a perdu plus ou moins le moral, il se
laissera entraîner involontairement vers ce système de
dépendance.
Accepter, et nous aider à obtenir les
aides techniques qui vont nous soulager, aménager la maison,
le jardin, les objets qui nous entourent selon nos indications, selon
notre façon à nous de nous en servir, même si
elle n'est pas toujours orthodoxe. Penser à certains menus
détails de la vie courante : ne pas visser à fond
bouchons et robinets, ouvrir une porte récalcitrante ou une
machine à laver le linge ou la vaisselle, transvaser dans des
petites bouteilles les liquides contenus dans des bidons de un litre
ou un litre et demi, s'arranger pour " être là sans
vraiment l'être".
Enfin, nous aider sur le plan psychologique
et moral. Nous aider à lutter contre cette maladie, à
vivre contre elle en menant une vie aussi normale que possible. C'est
nous accompagner lors de consultations ou d'examens importants, c'est
être là, avec nous, lorsque quelque chose ne va pas ou
qu'une décision doit être prise. C'est nous laisser
parfois avoir un coup de "pompe" avoir rage et larme au coin de
l'œil, ce qui soulage. Puis, nous faire reprendre courage et espoir
en nous montrant ce que nous pouvons faire ou ce que nous avons
déjà fait, et que nous sommes capables malgré
notre maladie de rendre heureux ceux qui nous entourent.
Que ce soit la famille ou les amis, il ne
faut pas être penché sans cesse sur la maladie et en
faire le principal sujet de conversations. Entendre dire par un ami
qui vous rend visite : "Bonjour ! Qu'envisages-tu de faire
aujourd'hui ?" Vaut mieux qu'un "Bonjour ! Tu sembles bien
fatigué et qu'est-ce que tes mains se sont encore
déformées !" Ou "oh la la tu marches de moins en moins
bien" Ce n'est pas la peine de nous le dire, nous nous en rendons
bien compte nous même.
Tout cela, c'est beaucoup demander à
la famille, et il n'y a que l'amour d'un mari pour sa femme, d'une
femme pour son mari, d'un enfant pour l'un de ses parents malades ou
d'un proche, une très grande amitié, qui aide à
tenir et à aider le malade, résister à cette
tension constante, à cette présence quasi continue,
c'est être très méritant et c'est pour cette
raison que la polyarthrite est reconnue comme une maladie très
handicapante et qu'il est accordé par la DASS l'allocation de
tierce personne.
Ce texte, à part quelques petites
remarques supplémentaires que j'ai ajoutées, a
été lu au cours d'une réunion de l'association
ANDAR le 25 juin 1988. Il contient tout ce que l'on peut et que l'on
doit dire sur ce sujet délicat et essentiel. Il a
été écouté avec beaucoup
d'émotions et c'est ce que j'ai ressenti moi-même quand
je l'ai lu. Il faut remercier beaucoup ce malade qui a écrit
ce résumé à l'intention de tous, je n'aurai pas
mieux fait, et je souhaite, bien que cela soit improbable de pouvoir
connaître un jour cette personne car, elle a
préféré rester dans l'anonymat, ce qui la rend
encore plus admirable.
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