~ La maladie ~

Les traitements
 
1 Principes généraux
 
Le traitement de la PR doit être institué aussitôt que possible et comporte quatre grands volets:
1.information du malade (brochures d'information des associations de malades, soutien psychologique, adaptation socioprofessionnelle);
2.traitements médicamenteux généraux et locaux;
3.réadaptation fonctionnelle;
4.traitement chirurgical.
Ces moyens thérapeutiques sont associés au mieux dans le cadre d'une prise en charge globale multidisciplinaire.
 

2 Traitements symptomatiques

 
améliorent les douleurs mais n'influencent peu ou pas l'évolution.
- antalgiques purs dont paracétamol et ses dérivés;
- anti-inflammatoires non stéroïdiens à doses souvent élevées qui exposent, à des degrés divers, aux risques digestifs d’intolérance; intérêt dans ce cadre des inhibiteurs spécifiques de la cyclooxygénase de type 2.
- corticothérapie avec des corticoïdes à durée de vie courte (Cortancyl*, Solupred*), en une prise matinale. Posologie faible de l'ordre de 10 à 15 mg par jour, réduite dès que possible;
- plus rarement corticothérapie IV sous forme de bolus (Solumédrol*), surtout au début dans l'attente de l'efficacité d'un traitement de fond.
 

3 Traitements de fond

 
susceptibles d'arrêter ou de freiner l'évolution de la PR. La démonstration définitive de ces actions est difficile à obtenir car elle impose des études longues chez des malades traités à un stade précoce avant destruction.
 
3.1 Sels d'or :
 
Allochrysine* injectable IM:
Posologie: traitement d’attaque: 0.10 g / semaine; posologie totale: 3 cg/kg. Si résultat favorable, traitement d'entretien: 0.10 g tous les 21 jours ou tous les mois.
Surveillance: hémogramme avec plaquettes tous les mois, protéinurie avant chaque injection.
Effets secondaires (30% ):
stomatite, prurit et lésions érythémateuses pouvant aller jusqu'à l'érythrodermie;
protéinurie aboutissant parfois à un syndrome néphrotique;
leucopénie, thrombopénie.
 
3.2 Méthotrexate :
 
Posologie: 7,5 à 15 mg / semaine en une seule prise
per os ou par voie intramusculaire (plus efficace et mieux tolérée).
Action plus rapide que les autres traitements de fond en 1 mois au lieu de 3 mois.
Contre-indications:
- hépatopathies chroniques (éthylisme), affections respiratoires, insuffisance rénale.
- association avec le Bactrim* (agranulocytose).
- surveiller les associations médicamenteuses susceptibles de modifier les taux sanguins (diurétiques, anti-inflammatoires non-stéroïdiens) surtout chez les sujets âgés.
- Effet tératogène, nécessitant une contraception efficace.
Surveillance: hémogramme complet avec plaquettes, créatinine et transaminases une fois par mois.
Effets secondaires:
- nausées, stomatite évitées par l'utilisation d'acide folique à faible dose (Speciafoldine*, 1 cp à 5 mg / j sauf lors de la prise du Méthotrexate);
- infections virales (zona, herpès) ou bactériennes (pneumocystoses);
- hépatite cytolytique: Si augmentation des transaminases d'au moins deux fois la normale, arrêt provisoire du Méthotrexate. Puis reprise avec acide folique à dose identique ou inférieure. Si cette augmentation persiste, discuter biopsie hépatique (hépatite auto-immune associée);
- leucopénie, thrombopénie, voire aplasie mécanisme toxique ou allergique;
- pneumopathies d'hypersensibilité: accident rare mais pouvant être grave
toux après administration, dyspnée et fièvre; syndrome interstitiel clinique et radiologique avec syndrome restrictif; Résultats à comparer au cliché pulmonaire et à l’exploration fonctionnelle réalisés avant traitement;
impose l’arrêt du traitement, éventuellement l’exploration pulmonaire (lavage broncho-alvéolaire pour éliminer une pneumopathie infectieuse) et traitement symptomatique (corticoïdes).
- rares lymphomes secondaires, parfois associés au virus d’Epstein-Barr, parfois résolutifs à l'arrêt du traitement. La relation n'est pas facile à affirmer et est peut être indirecte.
 
3.3 Antipaludéens de synthèse :
 
Posologie: Plaquenil*, 2 cp à 200 mg par jour;
Surveillance : essentiellement ophtalmologique: électrorétinogramme tous les 6 mois;
Effets secondaires: risque de dépôts cornéens réversibles et de rétinopathie irréversible
rarement prurit, troubles digestifs.
 
3.4 Salazopyrine :
 
Posologie : progressive, atteignant 4 à 6 cp à 500 mg/j;
Surveillance: hémogramme / mois;
Effets secondaires: thrombopénie, leucopénie, éosinophilie, troubles digestifs, érythème.
 
3.5 Dérivés thiolés :
 
Posologie: D-pénicillamine (Trolovol*) *: 1 cp à 300 mg / jour pendant 1 mois, puis 2 voire 3 cp / jour;
tiopronine (Acadione*): 2 puis 4 cp à 250 mg / jour;
Surveillance: hémogramme avec plaquettes et protéinurie tous les mois;
Effets secondaires:
stomatite, prurit et lésions érythémateuses;
protéinurie aboutissant parfois à un syndrome néphrotique;
leucopénie, thrombopénie;
Induction possible de maladies auto-immunes: anticorps antinucléaires, exceptionnellement lupus induit, pemphigus, myasthénie ou polymyosite
 
3.6 Immunodépresseurs :
 
Ciclosporine (Sandimmun et Néoral, avec meilleure biodisponibilité): 2.5 à 5 mg/kg/J en deux prises à 12 heures d’intervalle.
surveillance: très rigoureuse de tension artérielle et fonction rénale.
Azathioprine (Imurel*): 2 cp à 50 mg /j .
Cyclophosphamide (Endoxan*) per os ou plutôt en perfusions mensuelles.
Avec ces médicaments, risque d'induction d'hémopathies (lymphomes).
 
3.7 Traitement local et chirurgical :
 
- évacuation des épanchements articulaires,
- infiltration de corticoïdes en nombre limité et, en cas de récidive des synovites;
- synoviorthèses isotopiques ou chimiques (acide osmique);
- synovectomie sous arthroscopie ou par arthrotomie.
 
3.8 Traitement chirurgical :
 
Le traitement chirurgical a transformé le pronostic fonctionnel (prothèses des grosses articulations). Les indications chirurgicales sont discutées au mieux au cours de consultations médico-chirurgicales. Il faut privilégier une chirurgie plus précoce.
• chirurgie précoce:
- libération du canal carpien
- ténosynovectomie des extenseurs ou des fléchisseurs des doigts (prévention des ruptures);
- synovectomie de l’épaule;
- synovectomie du poignet associée à une résection de la tête cubitale.
• chirurgie tardive:
- arthroplasties de la hanche ou du genou;
- arthroplasties de l’épaule, du coude, des métacarpophalangiennes;
- réalignement des avant-pieds avec arthrodèse;
- arthrodèse métacarpo-phalangienne du pouce ou du poignet;
- arthrodèse occipito-C1 C2 en cas de luxation atloïdo-axoïdienne avec risque médullaire ou douleurs chroniques.
 
3.9 Réadaptation fonctionnelle :
 
- fait partie intégrante du traitement;
- appareillages de repos utilisés durant la nuit pour éviter les déformations des mains; portés des deux côtés, sinon, en alternance.
- appareillages dynamiques, à surveiller de près, pour réduire l’enraidissement;
- importance de la kinésithérapie et de l'ergothérapie pour mieux adapter l’environnement professionnel et domestique;
- confection d'orthèses plantaires avec barre rétro-capitale, et chaussage spécialisé si nécessaire.
 
4 Indications du traitement
 
Eléments communs:
- traitement médicamenteux général avec antalgiques, anti-inflammatoires non stéroïdiens; calcium, vitamine D, biphosphonates surtout si corticothérapie au long cours.
- traitement local: appareillages de repos, infiltrations, synoviorthèses
- réadaptation fonctionnelle.
Choix du traitement de fond:
Il faut noter une évolution des approches.
L’approche classique qui reste valable, envisage l’utilisation progressive et successive des traitements de fond, allant des plus simples (Plaquenil, puis sels d’or, puis dérivés thiolés) au plus lourds (Méthotrexate). C’est la classique progression en pyramide.
L’approche plus récente considère qu’il faut utiliser précocement les médicaments les plus efficaces et les mieux tolérés. Ceci correspond donc à la pyramide inversée. De fait actuellement le Méthotrexate est le médicament le plus utilisé car ce médicament a le meilleur rapport efficacité / tolérance.
L'approche ultime consiste à associer d'emblée plusieurs traitements de fond (Méthotrexate, Plaquenil, Salazopyrine) à une faible dose de corticoïdes.
On peut cependant nuancer ces conclusions et proposer les indications suivantes:
PR au début à type d'oligoarthrite d'intensité moyenne: Plaquenil, Salazopyrine, Allochrysine;
PR avec signes systémiques: corticothérapie générale per os, à une posologie d'attaque de 0,25 à 0,50 mg/kg/j, avec réduction progressive lorsque le délai d’action des traitements de fond sera atteint;
PR de sévérité habituelle: Méthotrexate avec ou sans corticoïdes à faibles doses;
PR réfractaire: ciclosporine seule ou en association au Méthotrexate; autres associations médicamenteuses; nouveaux traitements;
PR active et désir de grossesse: corticoïdes, ciclosporine, Imurel (référence au traitement des greffes d’organe)
PR avec vascularite, neuropathie, amylose: corticoïdes et perfusions mensuelles d’Endoxan.
 
5 Traitements innovants :
 
Plusieurs traitements expérimentaux issus des concepts immunologiques sont en cours de développement. Ces principales approches sont les suivantes:
- contrôle des cytokines inflammatoires:
par des anticorps monoclonaux (anti-TNF-a), des récepteurs solubles de cytokines (IL 1, TNF, l’antagoniste du récepteur de l’IL 1 (IL 1Ra);
par l’apport de cytokines anti-inflammatoires (IL 4, IL 10, IL 13, IFNb) ou par l’induction de leur production endogène.
- contrôle de l’action des cytokines inflammatoires:
par blocage des activités enzymatiques destructrices (protéases)
par activation de leurs inhibiteurs naturels
- contrôle des lymphocytes T:
par blocage de leur migration en agissant sur les molécules d’adhésion (anti-ICAM2)
par blocage de leur interaction en agissant sur les molécules d’interaction (CD 28, CTLA-4)
par contrôle plus sélectif de certaines sous-populations à rôle proinflammatoire en respectant les lymphocytes T protecteurs.
- action sur des cibles spécifiques:
par vaccination avec des peptides antigéniques, de récepteurs T pathogènes
- action sur le métabolisme des cellules immunitaires:
immunosuppresseurs, inhibiteurs métaboliques
- action globale sur le système immunitaire:
par greffe de moelle ou plutôt de cellules souches hématopoïétiques allo ou surtout autologues.
D’autres concepts et approches nouvelles sont en cours d’élaboration.
Les médicaments en cours d'enregistrement pour une mise sur le marché (AMM) sont un anticorps monoclonal anti-TNF (Remicade), un récepteur soluble du TNF p55 (Enbrel), un inhibiteur métabolique (Leflunomide). En complément, sont en attente également les AINS spécifiques de la cyclooxygénase de type 2 (rofécoxib, célécoxib).
En attendant le traitement préventif ou radicalement curatif de la polyarthrite rhumatoïde, c'est sans aucun doute la prise en charge globale par une équipe pluridisciplinaire qui constitue actuellement la meilleure approche thérapeutique de cette maladie.
 
 
Correction Mars 2000
Annexe
Critères de l’American College of Rheumatology 1987
pour la classification de la polyarthrite rhumatoïde
Au moins 4 des 7 critères sont exigés.
Les critères 1 à 4 doivent être présents depuis au moins 6 semaines.
1- Raideur matinale durant au mois 1 heure
2- Arthrites d’au moins 3 groupes articulaires
3- Arthrites touchant les mains
4- Arthrites symétriques
5- Nodules rhumatoïdes
6- Facteur rhumatoïde sérique présent
7- Signes radiologiques
 
P. Miossec
Unité d’Immunologie Clinique, Service de Rhumatologie
Hôpital Edouard Herriot, Lyon
Tel: 04-7221-74-87; Fax: 04-7221-74-29; e-mail: miossec@laennec.univ-lyon1.fr